Dispersion

Mathieu Galton, Dispersion - 11 septembre 2001 - New York, 2016

Dispersion

« Par le feu tout change. Quand on veut que tout change on appelle le feu »1. Après la brûlure , après les cendres, l’image ressuscitera t’elle ?

Mathieu Galton développe un travail de dessin et s’intéresse aux rapports que l’on entretient avec l’image médiatique. Il ne s’agit plus de faire une représentation du réel, mais du réel une représentation. À partir d’images ayant une longue histoire médiatique, il s’agit pour l’artiste de les utiliser ici comme des pochoirs. Créant ainsi des dispersions, se présentant sous la forme d’une fine pellicule de poussière déposée sur du papier, révélant ce que l’artiste définit comme « manque de l’image et image du manque ». Traces, vestiges, finalement ruines de l’image, c’est comme si le papier était porteur de l’évènement lui même (fumée, cendres, poussières d’explosion). En donnant corps à ces images il n’est finalement pas question d’archivage, mais plutôt de futur, le futur que l’on voudra donner à ces images.

Car ces dispersions sont des images images à toucher. Des images qui tachent, des images potentielles, en suspension, qui à tout moment peuvent entrer en contact avec le spectateur. C’est un travail de dégradation que l’artiste nous propose, une dégradation invisible de l’image initiale. Mais ici, la forme accomplie reste la même que celle qui existe ou existait : de l’image à sa destruction, du temple de Palmyre à sa destruction. Denis Diderot disait « Il y a plus de vie et moins de formes. À mesure qu’on introduit les formes, la vie disparaît ». Ici la dissolution se fait sentir, grâce au médium qui s’use et fait écho aux ravages du temps, qui détruirons l’oeuvre de Mathieu Galton (et la caducité des entreprises humaines) et nous renvoie à sa (ou leurs) fragilité(s). Deux pièces faisant écho à deux images : l’une du 30 août 2016, l’autre du 11 septembre 2001. L’une renvoie à la destruction d’un temple à Palmyre, l’autre, l’effondrement du World Trade Center.

1. Gaston Bachelard, La psychanalyse du feu, Gallimard, 1985, p.96

Lucas Andreac

Extrait de Ét(r)einte, École Nationale Supérieure d’Art de Bourges, 2017, p.64